Publié le 24 Juillet 2009
L’essentiel :
Face au constat de la multiplication des sommets internationaux, G8, G13, G14, G20…, Philippe MARTIN est intervenu, lors de la séance de questions au Gouvernement du 15 juillet dernier, afin de demander à France d’être à l’initiative d’une proposition tendant à reconnaitre le G20 comme l’instance représentative d’une gouvernance économique mondiale.
Quelques chiffres et précisions :
Dans le monde en 2007, le G8 comprend 13,1% de la population mondiale et produit environ 58% du PIB mondial (source banque mondiale).
Population (2007) PIB (2007)
Millions % Milliards USD %
Monde 6 612 100,0 54 347 100,0
G8 868 13,1 31 500 57,8
États-Unis 302 4,5 13 811 25,4
Japon 128 1,9 4 377 8,0
Allemagne 82 1,2 3 297 6,1
France 64 0,9 2 808 5,2
Royaume-Uni 63 0,9 2 762 5
Italie 59 0,9 2 107 3,9
Canada 33 0,5 1 326 2,4
Russie 142 2,15 1 291 2,3
Le G 20 est composé de 19 Etats (Allemagne, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie) auxquels s’ajoute l’Union Européenne représentée par le Président du Conseil et le Président de la Banque centrale européenne.
Le G20 représente les deux tiers du commerce et de la population mondiale et plus de 90 % du produit mondial brut (somme des PIB de tous les pays du monde).
L’intervention de Philippe MARTIN :
Le député de la Marne a souligné que le contexte économique mondial avait évolué au cours de ces dernières années et que la crise économique devait conduire à une coopération renforcée entre les Etats. Dès lors, si le G8 pouvait se justifier jusqu’à lors, il convient aujourd’hui de considérer que le G20 est une instance plus appropriée pour répondre à la crise actuelle. C’est pourquoi, Philippe MARTIN a demandé à Madame la Ministre de l’Economie que la France propose lors du prochain G20 que cette réunion des 20 Etats soit l’instance représentative d’une gouvernance économique mondiale.
Intégralité de l’intervention de Philippe MARTIN et réponse de Madame la Ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi.
« M. le président. La parole est à M. Philippe Armand Martin, pour le groupe de l’Union pour un mouvement populaire.
M. Philippe Armand Martin. Madame la ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, ma question concerne l'avenir du G8.
Cette réunion des pays les plus industrialisés du Nord s'est dernièrement tenue en Italie. Si ce sommet international pouvait jusqu'alors se justifier, aujourd'hui, cela semble moins vrai et ce pour au moins deux raisons : l'économie mondiale est toujours plus globalisée et les échanges s'effectuent à l'échelle de la planète ; la crise économique et financière mondiale conduit à une coopération renforcée entre les États. D'ailleurs, nous nous devons de constater la portée limitée des mesures adoptées par le seul G8. Reconnaissons que les décisions significatives l'ont été lorsque, aux discussions, ont été associées les puissances du Sud.
De nombreuses instances internationales ont été créées en réponse à un bouleversement important des relations entre les États. Les Nations unies elles-mêmes, comme les accords de changes fixes de Bretton Woods, ont été fondées sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale.
Aujourd'hui, nous sommes confrontés à une grave crise économique et financière, qui pourrait nourrir le protectionnisme, au prétexte de la combattre. À ce jour, rares sont à cet égard les États qui sont passés à l'acte, mais la menace existe et la tentation est grande, et ce malgré l'aggravation de la récession économique que cela emporterait.
Madame la ministre, cette conjonction de faits doit inciter la France à prendre l'initiative d’une réforme des sommets économiques internationaux, avec le souci de doter l'économie mondiale d'une esquisse de gouvernance. Au vu des mesures adoptées lors des derniers G20, il me semble que ces sommets internationaux sont plus appropriés parce que plus proches des réalités économiques mondiales, que le G8 pour répondre à la crise que les États traversent.
En conséquence, madame la ministre, pouvez-vous m'indiquer si la France, lors du prochain G20 qui se tiendra les 24 et 25 septembre prochains à Pittsburgh aux États-Unis, entend proposer que le G20 soit l'instance représentative d'une gouvernance économique mondiale ? (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)
M. le président. La parole est à Mme Christine Lagarde, ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi.
Mme Christine Lagarde, ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi. Monsieur le député, vous avez raison, tout cela est un peu confus : le G8, le G13, le G14, le G20, le G5…
Le monde est aujourd’hui beaucoup plus complexe et beaucoup plus interdépendant qu’à l’époque où le G8 a été constitué. C’est un monde plus complexe parce qu’on y retrouve des pays émergents, la Chine, l’Inde, le Brésil, qui ne participaient pas aux réunions. C’est un monde plus interdépendant parce qu’on y retrouve les pays producteurs de pétrole, dont on sait qu’ils peuvent tenir en otages un certain nombre d’économies développées. C’est un monde interdépendant sur le plan économique parce que la crise peut venir de certains États et affecter les autres – on ne parle plus de découplage. C’est un monde interdépendant sur le plan environnemental parce que, Chantal Jouanno l’a rappelé, les solutions des uns affectent les autres et les problèmes des uns affectent tout le monde.
Le Président de la République a toujours été très ferme sur cette position : le G8, c’était bien ; le G13 ou le G14, ce sera mieux. Ce sera mieux parce qu’on pourra y inviter les pays qui comptent, en particulier les pays émergents : c’est la position qu’il a toujours prise en matière politique et en matière environnementale – associer les pays du G8 et les pays du G5, c'est-à-dire les économies développées et les économies émergentes.
Et puis il y a le G20, dont le Président de la République avait demandé au Président des États-Unis de le convoquer pour traiter des grands problèmes financiers et économiques. Ce G20 a toute sa place s’agissant de traiter des problèmes qui concernent les grandes économies du monde, en particulier les questions économiques et financières.
C’est cette distinction que nous défendons : un G8 qui se transforme graduellement en G13 ou en G14, où les pays émergents sont invités à la table, et un G20 pour traiter des affaires financières et économiques, l’ensemble des pays qui comptent sur ces questions travaillant à un monde multipolaire dans une instance elle-même multipolaire. (Applaudissements sur les bancs des groupes UMP et NC). »